L'attention chez l'enfant de 3 ans à 7 ans

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L'attention chez l'enfant de 3 ans à 7 ans

L'enfant se trouve quotidiennement dans des situations qui lui demandent d'être attentif, que ce soit en contexte familial ou éducatif. L'attention, qui représente un processus cognitif complexe, fait référence à sa capacité à se centrer sur une personne, un objet ou une activité pendant une certaine période de temps (Institut Baron de Hirsch, 2004, cité dans Duval et Bouchard, 2019).

Voici une mise en situation qui aidera à mieux comprendre ce que l’on entend par «attention» :

Emmanuelle, 3 ans, est captivée par le jouet de Fernando, qui produit une lumière vive lorsqu'il appuie sur certains boutons. La fillette n'est pas attentive à son éducatrice, même si celle-ci tente de lui transmettre un message. Cela est bien normal puisqu'à 3 ans, il n'est pas facile de filtrer les distractions; l’attention d’Emmanuelle se concentre davantage sur les choses qui stimulent ses sens.

Dans cette mise en situation :

  • Emmanuelle n'ignore pas intentionnellement l'adulte qui lui parle; elle n'a simplement pas encore la capacité à faire fi des distractions qui l'entourent! Ici, l'adulte pourrait demander à Fernando d'arrêter d’appuyer sur les boutons de son jouet le temps de transmettre le message à Emmanuelle.
  • Emmanuelle est incapable d’ignorer les distractions parce que ses habiletés liées à l’inhibition sont en plein développement. L’inhibition se développe grandement entre 3 et 7 ans, en même temps que les changements associés à la maturation cérébrale, tout comme les habiletés liées à l’attention (Reynolds et Richards, 2009).

Les différents types d’attention

On peut répertorier différents types d'attention chez l'enfant âgé de 3 à 7 ans :

1. L’attention sélective. Elle désigne la capacité à sélectionner une source de stimulation que l'enfant estime (consciemment ou non) plus importante qu'une autre (Duval et Bouchard, 2019). C’est cette capacité qui permettra à Emmanuelle, au fil de son développement, de centrer son attention sur un aspect (les paroles de son éducatrice) tout en filtrant les distractions externes (la lumière produite par le jouet de Fernando). Cette capacité, qui se manifeste vers l’âge de 2 ans, n'est pas acquise complètement avant l’âge de 8 ans (Gillet et Barthélémy, 2011). Elle continue aussi de s'améliorer au-delà de cet âge.

2. L'attention soutenue. Elle correspond à la capacité de porter son attention sur une tâche ou un objet plus longtemps. Par exemple, écouter les explications de son enseignante qui tente de favoriser la compréhension d’une tâche mathématique demande une attention soutenue. Ce type d'attention connait une grande amélioration entre 2 ans et 3 ans et demi (Camus, 1996), notamment durant les moments de jeu (Ruff et Capozzoli, 2003). Cette capacité continue de se développer jusqu'à l'adolescence (Rueda et autres, 2004).

3. L’attention partagée. Elle renvoie à la capacité d'exécuter plusieurs tâches en même temps (Massé et autres, 2013, cités dans St-Jean et Moreau, 2016). Les routines familiales, où l’adulte peut préparer un repas tout en répondant à une demande de son enfant, au même moment sont un bon exemple de situations qui demandent une attention partagée. Plus l’enfant est jeune, plus il est difficile pour lui de mener plusieurs tâches à la fois.

Comment soutenir l’attention de l’enfant?

Certaines interventions de l’adulte peuvent venir soutenir le développement de l’attention chez l’enfant :

  • Tenter de limiter le bruit ambiant et la surcharge de stimuli dans l’espace de vie (Fisher, Godwin et Seltman, 2014, cités dans Duval et Bouchard, 2019).
  • Fournir des repères à l’enfant. Celui-ci parviendra ainsi mieux à orienter son attention selon les demandes de l’environnement. Par exemple, avant un moment de transition (collation, diner, etc.), l’adulte peut verbaliser les actions à poser. Le fait d’informer l’enfant sur les changements à venir dans l’environnement l’aidera à développer des stratégies attentionnelles.
  • Proposer des activités qui intéressent l’enfant. Puisque l’attention découle majoritairement des pensées, des motivations et des buts que l’enfant se fixe lui-même pour poser des actions volontaires, il doit se sentir interpellé dans les situations qui s’offrent à lui. Ainsi, si l’adulte propose une activité qui n’intéresse pas l’enfant, celui-ci risque d’y être peu attentif. Dans ce cas, mieux vaut ajuster ou arrêter une activité (si possible).
  • Stimuler le rôle actif de l’enfant. L’adulte gagne à attribuer à l’enfant des responsabilités qui le motivent, tout en encourageant son autonomie, en prenant en compte sa perspective et en respectant son rythme de développement. De cette manière, l’adulte stimule le rôle actif de l’enfant dans l’atteinte d’un objectif précis (Matte-Gagné, Bernier et Lalonde, 2015).
  • Valoriser les bons coups (p. ex., en disant: «Bravo, je sais qu’il n’est pas facile de rester attentif si longtemps. Je te félicite pour tes efforts!») fait partie des attitudes de l’adulte qui inciteront l’enfant à déployer ses stratégies d’attention.
  • Donner de courtes consignes, qui sont claires et adaptées à l’âge de l’enfant, afin que celui-ci puisse bien les comprendre et centrer son attention sur elles.
  • Faire bouger l’enfant. Le fait d’être actif augmente le flux sanguin vers le cerveau, ce qui contribue au développement cérébral, y compris celui des parties du cerveau où se trouvent différents processus cognitifs. Il est donc proposé de multiplier les situations où l’enfant peut bouger (à l’intérieur ou à l’extérieur) en contextes éducatifs. En plus de capter son attention, notamment par ses sens, les moments actifs sont associés à une diminution du niveau de stress, ce qui favorise le développement cognitif (Hatfield, Hestenes, Kintner-Duffy et O’Brien, 2013).

En conclusion, l’enfant arrive à développer ses habiletés cognitives, telles que son attention, particulièrement lorsqu’il est soutenu de manière constante et efficace par l’adulte. De plus, il importe de se rappeler que les apprentissages doivent être intrinsèquement motivés, car l'enfant sera concentré plus longtemps si l’activité l’interpelle, qu’il l'a choisie et qu'il décide par lui-même de la poursuivre selon des objectifs qu'il s'est fixé (Duval et Bouchard, 2019). Bien que les habiletés associées à l’attention soient influencées par la maturation cérébrale, l’adulte peut accompagner activement l’enfant dans ce processus afin qu'ils puissent déployer différentes stratégies à leur rythme.

Pour consulter le billet complet et les références : L'attention chez l'enfant de 3 à 7 ans