L'anxiété de performance chez les enfants : des repères pour les parents

Comme parent, il peut être difficile de distinguer une anxiété normale d'une anxiété excessive chez son enfant. Certaines réactions, comme le stress avant une évaluation ou une performance, peuvent être liées à l'anxiété de performance. En la comprenant mieux, il devient plus facile de savoir comment soutenir son enfant.
Cet article aborde ce qu’est l'anxiété de performance, comment elle se manifeste chez les enfants et à partir de quand elle peut devenir excessive.
Qu'est-ce que l'anxiété de performance?
L'anxiété de performance peut être définie comme la peur de l'échec ou de faire des erreurs en situation de performance. Elle peut se manifester dans plusieurs contextes du quotidien.
L'école est souvent un endroit propice à cette forme d'anxiété, notamment lors de situations d'évaluation ou d'activités minutées. Les situations de performance qui ne sont pas notées peuvent aussi engendrer de l'anxiété de performance, comme la résolution de problèmes mathématiques, les compositions écrites et les fameuses dictées!
L'anxiété de performance peut aussi être présente dans d'autres contextes, notamment en contexte social, par exemple lorsque l'enfant doit parler devant des gens, participer à une activité artistique (musique, théâtre, danse) ou sportive, ou encore lorsqu'il se sent observé par les autres.
L'anxiété de performance est-elle normale?
L'anxiété de performance se place sur un continuum d'intensité : elle n'est donc pas toujours néfaste ou anormale. En effet, un certain degré d'anxiété peut être bénéfique et permettre à l'enfant d'améliorer sa performance, notamment en lui permettant de se mobiliser efficacement afin de bien se préparer à la situation de performance. Aussi, pendant celle-ci, un certain degré d'anxiété peut lui permettre de mieux performer en étant, par exemple, plus concentré.
À quel moment devient-elle excessive?
L'anxiété de performance peut certes devenir néfaste et plusieurs critères permettent de départager l'anxiété normale de l'anxiété excessive. Ainsi, l'anxiété de performance devient excessive lorsqu'elle est intense ou lorsqu'elle est significativement plus importante que chez d'autres enfants du même âge dans la même situation (p. ex., plusieurs craignent les présentations orales et les spectacles).
Elle devient également excessive lorsqu'elle entraine une détresse psychologique significative ou lorsqu'elle entrave le fonctionnement quotidien de l'enfant, par exemple lorsqu'il est souvent triste ou irritable en raison de l'anxiété de performance ou lorsque celle-ci nuit à ses performances académiques, à son sommeil, à sa vie sociale et à son estime de lui-même.
Notons que l'anxiété de performance peut être transitoire. Les débuts d'année scolaire, par exemple, sont souvent difficiles parce que les capacités d'adaptation des enfants sont déjà mises à l'épreuve (p. ex., nouveau professeur, nouvelle classe, nouvelles règles, etc.) et que les situations de performance et d'évaluation redeviennent plus fréquentes. Ainsi, l'enfant doit, en quelque sorte, s'y réhabituer. Par contre, lorsque l'anxiété de performance perdure dans le temps, il devient alors impératif de s'en occuper.
Comment se manifeste l'anxiété de performance?
Il existe trois composantes associées à l'anxiété, soit les pensées, les sensations physiques et les comportements. Ainsi, l'enfant qui se retrouve en situation de performance, ou en anticipation de celle-ci la veille ou quelques jours avant peut manifester l'une ou plusieurs de ces composantes.
1. Les pensées
L'enfant peut avoir des pensées négatives qui ne représentent pas la réalité et qui surestiment le plus souvent la probabilité de l'évènement anticipé. Voici quelques exemples de pensées souvent rencontrées chez les enfants souffrant d'anxiété de performance : je suis « poche »; je ne suis pas capable; je vais échouer; si j'échoue à mon examen, je vais échouer mon année; je ne comprends rien; je n'aurai jamais le temps de terminer; je n'aurai pas une bonne note; je n'ai jamais de bonnes notes. Notons que ces pensées peuvent parfois être difficiles à identifier pour l'enfant en raison de leur caractère automatique. Par contre, ces pensées peuvent toujours être nuancées.
2. Les sensations physiques
L'enfant peut également manifester des sensations physiques associées à l'anxiété, comme des maux de ventre ou de cœur, des maux de tête, des difficultés à respirer, des rougeurs, les mains moites et des tremblements. Les sensations physiques ne sont pas toujours manifestes pour l'entourage et elles débutent souvent à la suite d'une pensée négative.
3. Les comportements
L'enfant peut aussi manifester certains comportements qui ont pour but de faire diminuer rapidement l'anxiété ou d'autres émotions négatives qui y sont associées (p. ex., tristesse, culpabilité, colère, sentiment d'être inadéquat). Il s'agit de comportements d'évitement ou de réassurance (rassurance excessive) et ceux-ci peuvent prendre plusieurs formes : effacer et recommencer plusieurs fois, vérifier à outrance, avoir des difficultés à initier une tâche, faire une tâche beaucoup trop lentement, pleurer ou se fâcher face à une situation de performance, éviter d'en parler, poser plusieurs questions à propos d'une performance pour tenter de se rassurer, etc.
À plus long terme, ces comportements contribuent à maintenir, voire même à exacerber l'anxiété de performance, entre autres parce qu'ils ne permettent pas à l'enfant de développer des stratégies de gestion de l'anxiété efficaces. Ils peuvent également contribuer à diminuer la performance, car à trop vérifier, l'enfant peut en venir à douter de ses réponses et ajouter des erreurs…
Dans le prochain article, des pistes d'intervention seront suggérées pour aider un enfant qui vit de l'anxiété de performance.
Références
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